18.2.07

BRUXELLES STIGMATISE LA BROCHURE ANTISEMITE D'UN DEPUTE EUROPEEN

18 février 2007 -
Du correspondant du Figaro correspondante à Bruxelles ALEXANDRINE BOUILHET.

La commission européenne a vivement condamné, hier, la publication d’un opuscule antisémite par un député européen polonais de la Ligue des familles, Maciej Giertych. Publiée en anglais, la brochure de 32 pages a été distribuée, le 14 février, dans les casiers des 732 députés européens à Strasbourg, en même temps qu’une présentation à la presse.

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Intitulée Civilisations en guerre en Europe, cette publication porte le logo du Parlement européen. Elle aurait été financée sur les fonds du Parlement mis à la disposition des partis politiques représentés dans l’hémicycle. Hier, la Commission européenne a exhorté le Parlement à « prendre les mesures qui s’imposent » pour combattre ce « phénomène répugnant ».

Le Parti socialiste européen, qui a découvert le pot aux roses, a demandé, hier, une enquête officielle sur le financement de cette brochure. « Il est scandaleux que des fonds européens servent à subventionner des écrits racistes, xénophobes, contraires aux traités européens », estime le député socialiste polonais, Jozef Pimar.

En Pologne, le député Maciej Giertych, n’est pas très connu. Mais son fils a été nommé vice-premier ministre du gouvernement des frères Kaczynski, en charge de l’Éducation. « Vous imaginez le danger si cet ouvrage était présenté dans les écoles polonaises comme le point de vue officiel du Parlement européen ! », s’offusque Jozef Pimar. S’appuyant sur des écrits d’un historien méconnu de l’entre-deux-guerres, l’opuscule du Dr Maciej Giertych prétend que les Juifs « créent eux-mêmes leurs ghettos », précisant que « seul Hitler, en Allemagne, a créé le concept de séparation forcée, de ghetto fermé ». Plus loin, le texte assure que « l’antisémitisme n’est pas du racisme », les Juifs vivant « séparément » des autres communautés en raison de « différences biologiques », qui seraient elles-mêmes liées à la « conscience d’être le peuple élu ». En cas de plainte probable avec constitution de partie civile, les tribunaux français et polonais seraient également compétents pour juger ces écrits.

Mauvais procès

Hier après-midi, ni le président du Parlement, Hans-Gert Poettering, ni la présidence allemande de l’UE n’avaient encore réagi au scandale. « C’est lamentable et inadmissible de se servir du logo du Parlement européen pour prêcher des idées contraires aux valeurs de l’Union européenne », indiquait, pour sa part, Pierre Moscovici, vice-président du Parlement européen. « Mais attention à ne pas faire de mauvais procès au Parlement : nous n’avons pas les moyens, ni la vocation de censurer les écrits ou publications de 732 députés à travers leurs groupes politiques ! » Conscients des risques de voir un tel phénomène se reproduire, plusieurs députés socialistes demandent un changement des règles internes du Parlement, afin d’empêcher le financement public des écrits des partis, notamment d’extrême droite.